Les alternatives aux sels de voirie

Le réseau et l’entretien hivernal

Sur l’ensemble du territoire municipalisé du Saguenay–Lac-Saint-Jean, le réseau routier parcourt une distance totale d’environ 24 170 km. Pour donner une image plus concrète : de parcourir cette distance serait l’équivalent de faire quatre allers-retours en voiture entre Alma et Miami (Floride).

Bien que le niveau de fréquentation de l’ensemble de ce réseau, composé de routes nationales, de routes secondaires, de rangs, etc., soit variable, celui-ci doit être entretenu en période hivernale. Même si le type d’entretien peut être adapté en fonction de la fréquentation des automobilistes, du tracé de la route et des contraintes naturelles à proximité, la méthode classique la plus utilisée consiste à déneiger et à appliquer des sels de voirie.

Informations

Les effets des sels de voirie

Les sels qui sont appliqués ne demeurent pas sur la route: ils se diffusent dans l’environnement.

  • Lorsque les sels s’assèchent sur la route, ils prennent une forme de poussière qui peut être déplacée par le vent.
  • Si les sels se mélangent avec l’eau, ils risquent de ruisseler et d’atteindre les cours d’eau, les lacs et les milieux humides.
  • Même sans être déplacés, les sels peuvent aussi s’accumuler dans le sol. C’est pourquoi ils peuvent aussi avoir un impact sur la fertilité des terres et la qualité de l’eau souterraine.

Dispersés dans le milieu de ces façons, les sels de voirie ont plusieurs effets indésirables sur l’eau potable, les milieux humides, la faune et la flore.

Crédit photo : Clubassurance.ca

Effets sur les milieux humides

Les sels de voirie peuvent bouleverser de manière importante les écosystèmes des lacs. Ils s’écoulent dans l’eau de surface des lacs, ce qui la fait changer de densité. Cela nuit aux brassages des eaux qui ont lieu chaque printemps et chaque automne. Ces brassages sont essentiels. En leur nuisant, les sels :

  • engendrent un manque d’oxygène dissous dans l’eau du lac
  • limitent la disponibilité des nutriments pour les espèces habitant dans l’eau
  • modifient la productivité du lac en soi

Si ces brassages sont freinés par l’utilisation des sels de voirie près d’un lac, on peut donc souvent y voir des bouleversements importants dans son écosystème.

Par ailleurs, le sel en soi peut être toxique pour certaines espèces de poissons d’eau douce. Les bassins de rétention d’eau pluviale, les étangs, les petits lacs et les cours d’eau à proximité des routes sont plus sensibles aux ajouts de sels.

Effets sur la flore

Les végétaux qui sont exposés aux sels (que ce soit par le vent, le ruissellement ou l’infiltration dans le sol) présentent, entre autres :

  • une diminution de leur croissance générale
  • une diminution de leur développement de fleurs et de fruits
  • une augmentation de brûlures de feuilles

De plus, les plantes peuvent aussi devenir incapables d’absorber assez d’eau pour leurs besoins. Ceci s’explique par le stress hydrique (ou osmotique), phénomène engendré par le sel dans le sol chez les végétaux présents. Ceci cause une perte du couvert végétal, ce qui augmente à son tour l’érosion du sol.

Ces nombreux effets peuvent être observés jusqu’à 80 mètres des autoroutes et jusqu’à 35 mètres des routes à deux voies. Une étude démontre d’ailleurs que 11 des 15 espèces principales retrouvées dans les forêts canadiennes sont sensibles aux sels de voirie. Ainsi, certaines espèces plus tolérantes au sel sont des espèces exotiques envahissantes, qui risquent donc de remplacer les espèces indigènes dans nos forêts et nos écosystèmes. 

Effets sur la faune

De nombreux impacts sont également associés à la faune : 

  • D’un côté, les mares salines en bordure des routes permettent à certains animaux tels que l’orignal ou le cerf de Virginie de consommer le sel afin de combler un déficit d’alimentation. Cependant, la présence de ces grands animaux augmente les risques de collision.
  • Pour des espèces comme la marmotte ou le lièvre, le sel est plutôt responsable d’empoisonnement.
  • Enfin, comme l’environnement est affecté par le sel, les habitats sont affectés et limitent la survie des espèces.
Effets sur l’eau souterraine

La contamination des puits d’eau potable est un autre risque associé à l’utilisation de sels de voirie. Des études démontrent qu’entre 10 % et 60 % du sel épandu atteint les eaux souterraines peu profondes. Si cette eau est consommée par l’humain, des impacts sur la santé peuvent être observés : problèmes cardiovasculaires, maladies du foie ou des reins, problèmes de haute pression, etc.

De plus, lorsque l’eau souterraine est contaminée, les eaux de surface risquent aussi d’en subir l’impact. On parle alors potentiellement de changements de la qualité de l’eau (physique ou chimique), de changements dans les écosystèmes et dans la biodiversité ou même d’une perte de certains usages de l’eau de surface (pêche, baignade, eau potable, etc.).

Les municipalités risquent donc des impacts économiques, environnementaux et sociaux à travers l’utilisation à long terme des sels de voirie.

Outils

Stratégie gouvernementale

Heureusement, les responsables du réseau routier sont conscients de ces problématiques et de nouvelles approches sont développées et mises en place : en 1999, l’Association des transports du Canada a publié le Guide de gestion des sels de voirie. Une synthèse des meilleures pratiques de gestion des sels de voirie a ensuite été publiée en 2003.

Enfin, dans une approche de développement durable, le ministère des Transports du Québec a élaboré une Stratégie de développement durable 2009-2013 dans lequel le ministère s’est engagé à coordonner l’élaboration d’une Stratégie québécoise pour une gestion environnementale des sels de voirie et sa mise en œuvre. Celle-ci a été développée avec plusieurs partenaires et a été publiée en 2010. Elle a d’ailleurs récemment été mise à jour.

Cette stratégie vise à limiter les impacts environnementaux en invitant les administrations concernées à adopter de meilleures pratiques et à opter pour des alternatives sur une base volontaire. En 2017, 29 % des 137 000 km du réseau routier québécois étaient associés à des administrations qui participent à la Stratégie. 

VOIR LA STRATÉGIE

Alternatives proposées

C’est dans ce contexte de développement durable que différentes alternatives sont proposées à l’utilisation des sels de voirie. Évidemment, aucune des alternatives présentées ci-dessus n’est parfaite et ne peut s’appliquer à l’ensemble du réseau routier. Il est souvent nécessaire de faire du cas par cas en fonction des zones vulnérables, de l’utilisation du réseau par les usagers, des caractéristiques de la route et des ressources disponibles.

  • Les routes blanches et les quartiers blancs

Cette méthode est la plus avantageuse à mettre en place. Le concept de route blanche consiste à adapter l’entretien hivernal de routes qui sont à proximité de zones vulnérables. Le but est de limiter au maximum l’utilisation d’abrasifs sur ces routes. Des abrasifs sont tout de même appliqués dans les pentes, les courbes et aux arrêts, mais sous forme de mélange composé de sable, de petites pierres et d’un maximum de 5 % de sel.

Cette méthode a eu tellement de succès à sa conception que le concept de route blanche a été appliqué à l’échelle des quartiers pour créer des quartiers blancs. Selon les études réalisées, environ 80 % des utilisateurs des routes blanches et des quartiers blancs sont satisfaits de l’entretien et souhaitent que cette pratique soit plus répandue, en particulier à proximité des cours d’eau. Plusieurs municipalités de la région en ont mis en place, notamment les villes de Roberval, Dolbeau-Mistassini et Saguenay.

  • La gestion durable des eaux de pluie

La deuxième approche la plus intéressante, la gestion durable des eaux de pluie, consiste à réduire l’impact des sels de voirie en retenant l’eau salée pour limiter l’écoulement vers les zones vulnérables. Il peut s’agir d’aménager des bassins de rétention et de sédimentation. Pour plus d’informations, vous pouvez consulter notre page à ce sujet.

La gestion des eaux pluviales permet également de récolter le sable et les petites pierres utilisées comme abrasif afin d’éviter qu’ils se retrouvent dans les lacs, cours d’eau ou dans les réseaux pluviaux.

  • Les abrasifs composés de sable et de petites pierres

Les abrasifs constitués de sable et de petites pierres qui sont utilisés dans la première méthode peuvent également être utilisés sur de grandes distances plutôt que de se limiter à quelques secteurs vulnérables.

Toutefois, comme ils ne sont pas des fondants chimiques et qu’ils peuvent être dispersés hors de la route au passage des véhicules, ceux-ci ne sont pas recommandés pour les réseaux routiers avec un niveau de trafic important. De plus, cette dispersion des particules dans l’environnement contribue à diminuer la qualité de l’eau via les matières en suspension et à augmenter les accumulations de sédiments au fond d’un lac, ce qui a aussi des effets sur la faune et la flore du milieu. Si ces particules se retrouvent dans les égouts ou les conduites d’eau pluviale, cela peut également augmenter les coûts d’entretien.

Une gestion durable des eaux pluviales peut toutefois minimiser ces impacts. 

  • D’autres méthodes 
Produits à base d’acétates

Une autre alternative consiste à utiliser des produits à bases d’acétates. Ceux-ci ont pour effet de rendre la neige pâteuse et ils facilitent son enlèvement, comparativement aux sels qui feraient fondre la neige. Ces produits sans chlorure sont biodégradables et n’ont aucun effet significatif sur l’environnement. Ils peuvent même augmenter la fertilité des sols et la perméabilité. De plus, leur faible mobilité ne leur permet pas d’atteindre l’eau souterraine. Un de ces produits, l’acétate de calcium-magnésium (CMA), est considéré comme étant moins corrosif que le sel. Il dégage aussi une légère odeur de vinaigre qui aide à éloigner les cervidés de la route. Toutefois, le coût d’application est 7,5 fois plus élevé que pour épandre du sel et sa disponibilité au Québec est limitée. Une solution à ces problèmes consiste à utiliser un mélange de CMA et de sel. À ce moment, les coûts d’applications sont seulement 2,3 fois ceux du sel et cela permet tout de même de réduire les dommages à l’environnement, aux infrastructures et aux véhicules. Enfin, il est important de mentionner que des études sont réalisées sur l’effet de la dégradation du CMA dans l’eau et son impact potentiel sur l’oxygène dissous. Bien que la plupart des études n’indiquent pas d’effet significatif, il pourrait être préférable d’utiliser le principe de précaution.

Liquides de préhumidification

Une autre technique consiste à utiliser des liquides de préhumidification pour humidifier les grains de sel avant leur dispersion sur la chaussée. Cela augmente l’efficacité des sels et réduit de 20 % à 50 % la quantité de sels qui doivent être appliqués. Cependant, des études ont indiqué que ces liquides pourraient être responsables d’une augmentation des concentrations de phosphore, d’ammoniac et de matières organiques dans les cours d’eau. Cette alternative serait donc à éviter.

Antigivrage

Une autre méthode, l’antigivrage, consiste à appliquer un produit sur la chaussée avant l’arrivée d’une tempête afin d’éviter la formation de glace noire. Bien que son efficacité à réduire les accidents ait été prouvée, ce produit aurait également quelques effets sur l’environnement et les infrastructures routières.

 

Une responsabilité partagée?

L’entretien de 80 % du réseau routier est confié à des municipalités ou des entreprises privées qui ne sont pas toujours en mesure d’effectuer une gestion des zones vulnérables aux sels de voirie en raison d’un manque de ressources. En 2011, Jean-Philippe Robitaille suggérait que les municipalités ne devraient pas être seules responsables de la gestion durable des sels de voiries. Par leurs rôles et responsabilités les acteurs suivants sont également concernés : Environnement Canada, MELCC, MERN, MRC, OBV et les services de police.

Dans ce contexte, il propose qu’une approche concertée doit avoir lieu. Un comité de concertation pourrait être mis en place pour réduire ou éliminer l’impact des sels de voirie. Quant aux zones vulnérables qui doivent être identifiées pour y apporter des changements, une aide financière pourrait être offerte aux MRC afin d’acquérir une expertise dans ce domaine et de l’offrir aux municipalités locales plutôt que chaque municipalité ait à le faire.

Sources : 

1 — Organisme de bassin versant Lac-Saint-Jean (2014) Plan directeur de l’eau du bassin versant du lac Saint-Jean, Partie 2 : L’Analyse de bassin. Normandin, Québec. 231 p. et Organisme de bassin versant du Saguenay (2015) Plan directeur de l’eau des bassins versants du Saguenay — Portrait (Chapitre 4). Saguenay, Québec. 319 p.

2 — Jean-Philippe Robitaille (2011) Les sels de voirie au Québec : proposition d’une démarche de gestion environnementale spécifique aux zones vulnérables. Sherbrooke, Québec. 106 p.

3 — Andrée Perreault, Naoméie Gagnon et Frédéric Champagne (2014) L’entretien hivernal des routes : concilier protection de l’environnement et sécurité routière. Congrès annuel 2014 de l’Association des transports du Canada. 11 p.